Les Petites-Dalles, vers 1875

(cliché aimablement fourni par la famille Dutournier, descendante de la famille Crosnier)


Retour à l'accueil

Photos des Petites-Dalles à l'époque d'Henri Wallon


Henri Wallon et les Petites-Dalles




La villa Brise-Lames en 1904

En 1865, Henri Wallon a 53 ans. Il a 9 enfants âgés de 3 à 25 ans. Il cherche un lieu de vacances pour sa famille qui ne soit pas trop éloigné de la capitale. Depuis peu, la côte normande est desservie par le chemin de fer qui arrive à Fécamp en 1856. A la recherche d’un lieu de villégiature, Henri Wallon entreprend à l’été 1865 un voyage sur la côte du Pays de Caux. Arrivé à Fécamp, il parcourt la côte en voiture à cheval de Fécamp à Saint-Valéry-en-Caux. Il porte finalement son choix sur les Petites-Dalles dont il a entendu parler par des amis. Il est possible qu’il ait séjourné lors de cette reconnaissance dans l’hôtel Bouillon situé sur la plage actuelle et qui sera emporté par la mer lors d’une tempête en 1866. Ce hameau n’est encore qu’un port d’échouage habité par des pêcheurs dont certains s’engagent pour la pêche à Terre-Neuve, pêche lointaine harassante et dangereuse. La première villa, on parle alors de chalet, est construite en 1867 par la famille Crosnier. Ce village va connaître bientôt une certaine notoriété du fait de la mode des bains de mer, mais bien loin de celle de Dieppe ou de Deauville. Cette proximité de Paris, le calme et la beauté du site convainquent Henri Wallon d’y faire son lieu de vacances, même si l’éloignement de l’église, à Sassetot à 2 km, le fait hésiter un moment. A partir, de l’été 1968, il loue pour l’été différentes maisons, dont la propriété Saillot, actuelle villa Brise-Lames, qu’il achète finalement en 1876. C’est le début d’une longue histoire passionnée de la famille Wallon pour ce village du Pays de Caux.
Sissi à Sassetot

A l'été 1875, Elisabeth d'Autriche dite Sissi vient passer les mois d'août et septembre au château de Sassetot. L'air marin de la côte normande lui a été recommandé par son médecin pour sa dernière fille, l'archiduchesse Anne-Valérie, 7 ans, de santé fragile. Henri Wallon, alors député bien connu - il a fait voter en janvier son fameux amendement - se doit d'aller présenter ses hommages à l'impératrice. Vêtu de ses plus beaux atours, il emprunte la calèche de M. Crosnier pour monter au château. Sissi ne le reçoit pas, il se contente donc de déposer sa carte !

La calèche de M. Crosnier
(Cliquez sur l'image pour l'agrandir)

Tableau de Valantin, 1875
(Cliquez sur l'image pour l'agrandir)
Sissi au bain

Presque quotidiennement, Sissi descend aux Petites-Dalles en calèche ou à cheval pour s'y baigner. On a installé sa cabine de bain en haut de la plage, côté Grandes-Dalles, et Sissi descend à l'eau dans un couloir de toile qui la soustrait, au moins jusque-là, aux regards des curieux. Un tableau a immortalisé l'événement.


Le sauvetage

Trois ans plus tard, en septembre 1878, survint un événement qui aurait pu être dramatique.
"Henri Wallon travaillait très tôt le matin à l'Histoire du Tribunal Rèvolutionnaire. Le 20 septembre, le vent avait soufflé en tempête. Il s'était calmé la nuit ; le matin, la mer était houleuse encore, mais abordable ; on ne se doutait pas du danger qu'elle recélait.
Vers les 8 heures, à la marée descendante, deux jeunes filles d'une maison voisine voulurent aller au bain avec leur père (M. Bayard) et un hôte de la famille. Le père qui n'était pas nageur ne dépassa pas les premières vagues, mais les trois autres, allant plus loin, furent saisis par un courant violent. Ils poussèrent des cris de détresse. Monsieur Wallon qui travaillait dans son cabinet (donnant sur la terrasse de sa villa Brise-Lames), avait entendu les cris. Il saisit une bouée de sauvetage, courut à la mer et s'y jeta. Son plus jeune fils (Etienne), élève sortant de l'Ecole Normale, l'ayant appris, se hâta de le suivre.
Les cris avaient cessé. Monsieur Wallon arrivé le premier, trouva l'aînée des jeunes filles, éperdue, péniblement soutenue par son compagnon. La bouée qu'elle reçut lui permettait de se tenir seule sur l'eau et sauvait, en même temps, l'homme dévoué qui allait périr avec elle. Le jeune normalien avait rejoint l'autre soeur et lui rendait confiance, nageant à ses côtés, prêt à lui venir en aide au besoin. Mais rien n'était fini pour eux tous. Vainement s'efforçaient-ils de gagner le rivage qui fuyait devant eux, ils étaient emportés en pleine mer.
La plage alors était couverte de monde. Trois anciens marins, (dont le père Sène), mirent une barque à l'eau, puis la ramenèrent, ne la jugeant point assez grande, et en reprirent enfin une autre avec laquelle ils repêchèrent (au-delà des Catelets), l'un après l'autre, les cinq malheureux nageurs, Monsieur Wallon le dernier. Pour ménager ses forces, il n'était plus jeune (il avait presque 66 ans), il s'était mis plusieurs fois sur le dos, ce qui l'avait tenu plus en arrière, ou pour mieux dire, laissé aller plus avant vers la haute mer. Quand il reprit pied, entouré par les siens, il dit : "J'ai cru que mon Tribunal Rèvolutionnaire n'irait pas jusqu'au 9 thermidor" (le sauvetage avait duré presque trois quarts d'heure).
Les journaux en parlèrent, le gouvernement fit une enquête. Des médailles furent décernées aux deux sauveteurs qui avaient exposé volontairement leur vie: l'une d'or au père, l'autre d'argent au fils.
"

D'après une notice de Clément Deltour sur Henri Wallon: "La France contemporaine" Tome III édité chez Deltour.
Texte cité par Yvonne Rodary (son arrière-petite-fille) dans une compilation de documents réalisée en 1975.


L'incendie

L'année 1904 est douloureuse pour la famille. Un casino en planches s'était installé depuis quelques années à côté de la villa Brise-Lames et devant le chalet Wallon, maison que Paul Wallon avait construite pour sa soeur Adèle. Le feu s'y déclare dans la nuit du 14 au 15 août 1904, alors que le bal qu'on y donne bat son plein. Les pompiers mettent plusieurs heures pour arriver et éteindre l'incendie attisé par un fort vent de mer. Le casino est entièrement détruit de même que le chalet Wallon et la grosse bâtisse située à côté .
Peu de temps après, le 13 novembre, Henri Wallon s'éteint à Paris dans son appartement de l'Institut de France.
Le chalet Wallon est reconstruit aussitôt et peut de nouveau accueillir Adéle et sa famille dès l'été 1905.



Le casino avant l'incendie


Le chalet Wallon


Après l'incendie


Ce qu'il reste du casino et du chalet Wallon
(Cliquez sur l'image pour l'agrandir)


Retour à l'accueil
Photos des Petites-Dalles à l'époque d'Henri Wallon